Merci pour le compliment FF, mais je suis rodée c'est mon métier
J'adore dire c'est mon métier, j'ai l'impression d'être une adulte soudain
Tu peux être aussi impressionnante quand tu parles de ce que tu fais
(JM s'en remet à peine
)
Oui Délivrance c'est terrible, génial, impensable aujourd'hui d'ailleurs, et tu vois ce plan à la fin, le cimetière qui ouvre sur le film de zombie, sur l'idée du zombie, quand le héros regarde à travers les buissons, ça le hantera à jamais, c'est la fin de l'innocence, tous les critères moraux ont valsé et il a vu le mal en lui, il sait que c'est dedans, ça ne sert plus à rien de fuir, la course en voiture et le happy-end sont dérisoires, la boîte de Pandore est ouverte, c'est mort.
La lumière nocturne démente quand le héros grimpe la falaise et DEVIENT un indien, torse mis à nu, souplesse animale, quand il fait tomber son portefeuille, sa carte d'identité, ce silence incroyable avec juste le bruit de la rivière et des animaux, comme s'il était absorbé par une nature-piège, et la lumière solarisée violette complètement improbable et on se dit wow ils ont foiré l'éclairage mais non! il passe de l'autre côté, c'est comme une image mentale, il affronte la mort (on se croirait chez Bergman, quasi) et le petit intello moralisant devient une espèce de brute instinctive et sauvage, d'avoir eu tellement peur, d'avoir joué sa peau, et alors il voit celui qui est censé l'attaquer et il le tue, il ne réfléchit pas une seconde, il le flingue.
Et le champ-contrechamp entre ce héros mutant et l'autre assure que c'est bel et bien l'ennemi, qu'il allait attaquer, on se dit ouf, et on découvre ensuite par le récit que non, on a fait erreur, c'était juste un type qui passait par là, on a confondu, et on a souhaité qu'il meure parcequ'on avait peur pour le héros, alors que c'était un innocent, et le film nous met face à notre propre ambivalence, à notre instinct animal en somme, à tout ce que la peur mobilise en nous et qui n'a rien de respectable.... Là où Avatar nous rassure, nous fait croire qu'on est toujours du "bon" côté (il n'y a plus de côté du tout, chez Peckinpah, il n'y a plus qu'une violence fondamentale, fondatrice).
Comme le plan au début de Wild Bunch où des enfants brûlent un scorpion en riant
Comme le plan dans Straw Dogs où le raccord lie le regard d'un petit garçon et la poitrine d'Amy qui sera violée
Il n'y a pas de pureté, d'innocence chez Peckinpah
c'est l'anti-Rousseau, le sauvage n'est pas bon (ni con)
et ni le savoir ni la morale ne sauvent de la vérité (et la vérité c'est : je veux ce que tu as)
Le mathématicien génial et moral, bourgeois, élégant de Straw devient le pire tortionnaire du film
il passe la frontière
le cinéma américain des années 70 parle de ça tout le temps
D'Arthur Penn à Terrence Malick, de Spielberg à Peckinpah, Romero, Scorsese, Coppola, et même Wes Craven (La Colline a des yeux, ou le premier Freddy)
C'est en cela qu'il est génial, les caractères ne sont jamais posés, ils mutent au contact du monde.