Toutes les histoires sont différentes... "Aller bien", ça ne veut pas dire grand-chose, sinon organiquement. Au XVè siècle, l'expression "Comment allez-vous?" signifiait "Chiez vous bien?" (véridique : bien aller correspondait au bon fonctionnement du système intestinal : bien aller à la selle).
Au-delà du bon ou du mauvais fonctionnement organique, la nuance est infinie.
Etre bien, au sens d'être soi et non au sens du confort de vie, est peut-être moins fermé : "je suis bien" signifierait je suis tout court, j'y suis, là où je voulais être, je deviens ce que je suis comme disait Nietzsche (pillé par Calvin Klein).
Et on peut être bien et être mal successivement dans la même journée, ou en même temps d'ailleurs, du coup, parce qu'on travaille à des endroits différents ("être" maman, "être" amoureuse, "être" brillante dans son job ou son ooccupation, "être" tout court ou n'être pas, glisser et (s')oublier, cap au pire).
Une période où ça n'allait pas fort, une amie m'a dit qqch qui m'a bcp aidée pendant des années, même si ça paraît tout bête : c'est une question de point de vue. Je voyais tout en noir, elle m'a refait mon propre film avec un point de vue différent, et tout brillait de nouveau.
Il suffit parfois de modifier l'angle. Le premier film de Maurice Pialat, "L'amour existe", qui par ailleurs est un film magnifique, démontre ça avec bcp d'élégance : à la toute fin, on voit de face, en plan large et contre-plongée, un monument aux morts (groupe de soldats s'élançant au combat). Grandeur de la France, de la patrie, gloire des corps marmoréens... Puis, il place sa caméra derrière le monument, et on ne voit plus de l'ensemble sculpté qu'un bras gris semblant jaillir du socle, comme appelant à l'aide, et la première impression paraît dérisoire au profit d'une grande solitude et d'un sentiment très fort de précarité.
La perception de soi, c'est un peu ça: une variation permanente du point de vue, et un objectif qui s'ajuste constamment. Tant que ça bouge...