Parents

“Tellement Proches” ou la famille drôlement filmée

Après Nos jours heureux, le nouveau film d’Olivier Nakache et Eric Toledano

Co-réalisateurs du long-métrage Je préfère qu’on reste amis et de la célèbre comédie Nos Jours heureux, Olivier Nakache et Eric Toledano reviennent avec Tellement Proches.
Dans ce nouveau film, ils auscultent la famille avec finesse, drôlerie et beaucoup d’émotion. 
Paternité, belle-famille, transmissions… Ils en parlent avec nous. Interview.

“Famille : Groupe de personnes réunies par des liens de parenté et un fort sentiment de solidarité morale et matérielle. ” Voilà le pitch du film Tellement Proches d’Olivier Nakache et Eric Toledano. S’en suivent personnage dantesques, situations loufoques, une comédie située au début des années 1990, très serrée, éminemment drôle dans sa première partie, infiniment plus émouvante ensuite, moins tenue, moins réaliste, plus poétique.

Tellement Proches - Olivier Nakache et Eric Toledano

Dans la trajectoire de cette famille, de ses membres hauts en couleurs, ce sont les pères qui nous ont le plus marqué, à Bébéguide. Aussi, c’est d’eux dont nous avions envie de parler avec les réalisateurs.

Olivier Nakache a bien voulu répondre à nos questions.

Bebeguide.com : Le film parle beaucoup de la famille, certes, mais ce qui semble soutenir le tout, c’est la question de la paternité. Comme une réflexion – peut-être instinctive – sur les changements induits par la paternité, les renoncements éventuels, la transmission, les différentes façons d’être père…

Olivier Nakache : C’est vrai qu’avec Eric, nous évoquons des sujets qui nous touchent profondément. Avec Nos Jours Heureux, nous avons raconté nos années colo, avec 10 ans de recul. Là, nous parlons de nous en ce moment, de ce que nous vivons au quotidien et tout ça agit forcément sur notre écriture.
Nous nous sommes mariés, nous avons eu des enfants, c’est donc tout un équilibre qu’il a fallu retrouver.

D’abord il faut apprendre à adopter (voir à aimer) une belle famille, qui nous est imposée (” Quand on épouse une femme, on épouse aussi sa famille…”), ensuite c’est le chemin de la paternité qui arrive et là, pas de recette, les repaires (re-pères !!) changent, chacun agit selon ce qu’on lui a transmis… Et c’est là, un des sujets principal du film.

À 30 balais, nous sommes passés de l’autre côté, alors forcément ça inspire des maniaques de l’anecdote comme nous. De plus, nous avons tous les deux de grandes familles riches en spécimens, du coup nous avons pioché, exagéré, scénarisé toutes nos névroses pour en faire notre nouvelle comédie Tellement Proches.

Que pouvez-vous nous dire sur les pères (ou potentiels pères) de votre film ?

Tellement Proches d'Eric Toledano et Olivier Nakache

Nous avons voulu camper deux beaux-frères radicalement opposés en matière d’éducation (qui sont interprétés par Vincent Elbaz et François-Xavier Demaison). Ce sont deux êtres qui se fréquentent par alliance mais qui ne se rencontrent jamais, ils n’ont qu’une relation de façade.

Vincent Elbaz joue Alain, un ancien G.O vedette du Club qui s’est rangé sur Paris, s’est marié et a fait deux petits garçons. Il a le plus grand mal à se réadapter à une vie “normale”, plus personne ne le tutoie en maillot de bain en l’appelant Pipo. Il ne monte plus sur scène tous les soirs pour amuser les touristes avides de crazy signs et autres jeux apéro autour de la piscine.
Du coup il apparaît comme un “père-pote” avec une éducation cool. Il étouffe entre sa belle-famille qui le considère comme un éternel looser bon à animer la fête du fromage à l’Intermarché de Poissy et sa femme (Isabelle Carré) qui tente de lui ouvrir les yeux (qui restent définitivement clos) sur les soucis d’hyperactivité de leur petit Lucien de 6 ans.

Quant à son beau-frère, Jean-Pierre (François-Xavier Demaison), c’est radicalement différent. Avocat, il tente d’élever ses filles comme des bêtes de compétition. C’est le genre de type qui sait tout sur tout et qui vous explique pendant deux heures le meilleur chemin pour arriver chez lui. En deux mots, on aurait bien envie de lui mettre une tarte.
Mais tout ça n’est qu’une vitrine : on se rend compte rapidement que Jean-Pierre vit sous l’emprise d’une femme (Audrey Dana) qui croit appliquer les bonnes recettes d’éducation en multipliant les activités de ses enfants, et qu’il n’est qu’un petit commis d’office qui fait un trafic de grille-pain avec ses clients pour garder un train de vie correct. S’ajoute à ça le fait qu’il est squatté par ses beaux-parents qui débarquent de Beauvais – l’activité principale de sa belle-mère se résumant au pliage des slips de son gendre.

Ces deux personnages explosent et vont enfin se rencontrer. Ils vont avoir une vraie trajectoire commune.

Bebeguide.com : Avec Eric, vous êtes-vous inspirés de vos expériences en matière de paternité ?

Olivier Nakache : Oui et non, c’est vrai qu’on pioche dans les caractères qui nous entourent, nous sommes à la foi un peu d’Alain (le personnage de Vincent Elbaz) et un peu Jean-Pierre (François-Xavier Demaison). Mais encore une fois ce que l’on vit interagit sur notre cinéma et l’on fait sortir le tout sous forme de comédie, avec, on l’espère, une pointe d’émotion.

Est-ce que la vie de famille peut/doit supplanter l’individu et ses aspirations propres ?

En fait tout n’est qu’équilibre, il faut réussir à faire les bons compromis quand il le faut et parvenir à ne pas se faire avaler. 
Au début du film on comprend rapidement que les personnages ne sont que dans le compromis familial et que la cocotte siffle et ne va pas tarder à exploser.

La famille est-elle nécessairement aliénante, oppressante ? (même les “choux” où vivent Jean-Pierre et sa famille sont oppressants)

On parle souvent de “cellule” familiale et  c’est vrai qu’elle peut apparaître comme une forme d’aliénation presque “carcérale” dans les cas extrêmes. Le défi est binaire : on doit parvenir à la fois à trouver sa place au sein d’une famille tout en continuant à tenter de s’épanouir au niveau personnel.

Nous sommes partis d’une phrase d’un thérapeute familial : “Vivre ensemble nous tue, nous séparer est mortel” et c’est vrai que cette définition s‘applique parfaitement à celle de notre film. Tellement Proches confirme la difficulté à trouver la bonne distance avec les gens que nous aimons.

À la fin du film, le personnage joué par Vincent Elbaz se réalise d’une certaine manière à travers son fils. Pourquoi ?

Sans dévoiler la fin, nous avions, dès le début de l’écriture, l’envie de parler de la paternité, de la transmission, de la filiation. Et c’est vrai que le rêve de pas mal de parents est de voir leur enfant réussir là où ils ont échoué.

Ensuite, durant tout le film le petit Lucien est diagnostiqué hyperactif – mot à la mode balancé dès qu’un enfant est un peu agité. En creusant on s’aperçoit que ces enfants sont juste le symptôme d’un couple, d’une famille malade. Ainsi dans le film Lucien cristallise les tensions, les problèmes, et veut sans cesse attirer l’attention sur lui.

Tellement Proches d’Olivier Nakache et Eric Toledano, sortie le 17 juin, distribué par Mars Films.
Avec Vincent Elbaz, Isabelle Carré, François-Xavier Demaison, Audrey Dana, Omar Sy, Joséphine de Meaux, Jean Benguigui.

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